|

Comment la taxe carbone industrielle affecte le coût de la vie et la nourriture

Les politiciens canadiens (principalement les Libéraux) ont défendu la taxe fédérale sur le carbone industriel – connue sous le nom de Système de tarification des exportations (STEP), qui s'applique aux grands émetteurs industriels – comme faisant partie d'un système de tarification du carbone plus large conçu pour être rrevenu neutre.

Commençons par démolir quelques jargons politiques : “Neutre en recettes” signifie que tous les revenus directs du PAFT fédéral (et des redevances sur le carburant) sont retournés à la province ou au territoire où ils ont été collectés, au lieu de devenir des revenus fédéraux généraux.

Les défenseurs de la taxe carbone soulignent fréquemment que, contrairement à la redevance sur les carburants à la consommation désormais abandonnée, le système industriel a un impact direct minimal, voire nul, sur les coûts des ménages, les prix des aliments ou les consommateurs de tous les jours.

Ceci est étayé par des modélisations de la Institut canadien du climat, ce qui a des effets négligeables sur l'agriculture et les ménages parce que les grands émetteurs absorbent ou atténuent les coûts sans augmentations de prix généralisées.

Premièrement : Le problème de l'étude unique

Le discours du “ coût négligeable ” cité par la plupart des politiciens canadiens provient d’un regroupement de sources gouvernementales et quasi gouvernementales étroitement liées, principalement Institut canadien du climat (ICC) et une analyse par le Bureau du Parlement pour le Budget (BPB).

Le rapport du BP lui-même contenait plus tard une erreur méthodologique : le directeur parlementaire du Budget, Yves Giroux, a admis que son analyse économique incluait par erreur l'impact du prix du carbone industriel aux côtés du prix du carbone pour les consommateurs, alors qu'il était censé ne modéliser que la redevance au niveau des consommateurs.

Référence : CBC

Même après correction, la conclusion était toujours formulée comme étant négative pour l'économie.

La revendication “négligeable” de la CCI repose sur une hypothèse de conception spécifique et contestable : que le système de tarification basé sur les résultats (STBR) génère si peu net coûts au niveau des installations individuelles qu'il n'y a rien de significatif à répercuter. Dans les systèmes de tarification du carbone industriels, les installations ne paient que pour les émissions qui dépassent une certaine limite, de sorte que les entreprises ayant une intensité d'émission plus faible supportent moins de coûts, et certaines peuvent même en tirer profit en générant des crédits.

Le mix énergétique

C'est le fondement de l'argument “proche de zéro”. Le problème est qu'il modélise les installations isolément et ne modélise pas l'effet cumulatif des coûts s'accumulant à chaque nœud de la chaîne d'approvisionnement, qui est le mécanisme réel par lequel les prix augmentent.

Les entreprises n'absorbent pas les impôts

La théorie standard des prix, et les données empiriques, établissent que lorsque les coûts des intrants augmentent, les entreprises sur les marchés concurrentiels répercutent ces coûts en aval. Une analyse de l'Institut Fraser utilisant les tableaux Entrées-Sorties de Statistique Canada a supposé une répercussion complète des coûts le long de la chaîne de valeur, concluant qu'une taxe carbone de 50 $ la tonne ($) entraînerait une augmentation des coûts de production unitaires de plus de 5 % (%) à court terme pour quatre industries clés : la fabrication de produits du pétrole et du charbon, la fabrication de produits chimiques agricoles (engrais/pesticides), la production et la distribution d'électricité, et la fabrication de produits chimiques de base. Référence :

Institut Fraser

La taxe carbone s'applique aux raffineries, aux distributeurs d'électricité et à d'autres intermédiaires qui fournissent l'électricité, le combustible et d'autres formes d'énergie utilisées par les industries. La taxe se traduit ensuite par une hausse des prix du combustible, ce qui augmente les coûts de production. Une taxe carbone affecte également la rentabilité des entreprises si elles choisissent pas répercuter l'augmentation des coûts de production sur les consommateurs.

Centre canadien de l'énergie

Choisir de ne pas répercuter les coûts est une décision d'accepter des bénéfices plus faibles ou de fonctionner à perte, ce qui n'est pas une attente réaliste à long terme de la part des sociétés cotées en bourse ou des grands opérateurs privés.

Pas à pas : Comment la taxe s'accumule tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire

ÉTAPE 1 Production et raffinage d'énergie

Tout dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire fonctionne à l'énergie. La taxe carbone industrielle frappe au point de production.

La taxe carbone s'applique aux raffineries et aux entreprises de services publics, les principaux fournisseurs d'électricité, de carburant et d'énergie que toutes les industries en aval utilisent.

Référence : Centre canadien de l'énergie

À $110 par tonne (au 1er avril 2026), cela ajoute un coût unitaire à chaque baril de pétrole raffiné, à chaque mètre cube de gaz naturel traité et à chaque kilowatt-heure d'électricité générée à partir de sources fossiles. Ces coûts ne sont pas absorbés; ils sont intégrés dans le prix du carburant et de l'électricité vendus à chaque utilisateur en aval.

ÉTAPE 2 Engrais et produits chimiques agricoles

La fabrication d'engrais est l'un des processus les plus énergivores de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Le gaz naturel est à la fois un combustible et une matière première pour les engrais azotés (synthèse de l'ammoniac).

L'agriculture primaire a une intensité d'émissions d'un ordre de grandeur supérieur à celle des fabricants de produits alimentaires. Il est également essentiel de tenir compte de l'effet de la tarification des émissions sur le coût de production des intrants tels que le gaz naturel et les engrais, qui sont tous deux produits par des secteurs à forte intensité d'émissions.

Référence : Wiley Online Library

La fabrication de produits chimiques agricoles, y compris les pesticides, les engrais et autres, fait face à une augmentation des coûts de production unitaires de plus de 5% dans le cadre d'une taxe carbone de 50/tonne $.

Référence : Institut Fraser

Ce coût est intégré au prix par tonne d'engrais expédié aux fermes. Au moment où le prix atteint entre $110 et $170/tonne, ces augmentations de coûts d'intrants augmentent proportionnellement.

ÉTAPE 3 La Ferme

La ferme subit des augmentations de coûts composées venant de deux directions : (a) le prix plus élevé des intrants achetés tels que les engrais, le carburant et l'électricité, et (b) toute obligation directe en vertu des systèmes de prix industriels provinciaux.

Cela commence par les agriculteurs, qui paient des taxes carbone sur le carburant, les engrais et le matériel, taxes qui sont encore augmentées par la TPS. Malgré les remboursements gouvernementaux, les coûts de production continuent d'augmenter.

Épicier canadien

À l'Île-du-Prince-Édouard, l'agriculture représente 7 la production en termes d'intrants énergétiques et dépend du diesel et de l'essence pour ses intrants énergétiques. En raison des liens intersectoriels de la demande et de l'offre, les coûts des autres industries se répercutant sur le secteur agricole, le coût de production de cette industrie augmentera de plus de 4%.

Référence :

Centre canadien de l'énergie

Il s'agit d'une constatation empirique au niveau provincial, et non d'une hypothèse.

La taxe fédérale canadienne sur le carbone a été largement critiquée par les agriculteurs pour avoir augmenté les dépenses liées aux engrais, au propane et au transport ferroviaire.

Semantic Scholar

Une étude évaluée par des pairs dans le Revue canadienne d'économie rurale spécifiquement examiné les frais de transit dans le transport des céréales dans l'ouest du Canada et a trouvé des preuves de sur-démultiplication sur le marché du blé, le coût fiscal répercuté sur les prix à la ferme dépassé le montant de l'impôt direct, un indicateur du pouvoir de marché dans le secteur des transports.

ÉTAPE 4 Transport (ferme vers moulin / installation de traitement)

Le système alimentaire canadien est particulièrement exposé aux coûts de transport en raison de sa géographie. La taxe carbone industrielle frappe la consommation de diesel au niveau du raffinage, ce qui se répercute sur les coûts du transport routier et ferroviaire.

Pour un camion transportant de la nourriture entre Toronto et Montréal une fois par semaine, le fardeau supplémentaire de la taxe carbone s'élevait à environ $2 000 par an lorsque le prix du carbone était de $40 la tonne. Le 1er avril 2026, le prix du carbone a atteint $110 la tonne, soit plus du double de ce qu'il était au début de la guerre en Ukraine. Pour cet itinéraire hebdomadaire Toronto-Montréal, le coût supplémentaire de la taxe carbone seule passe à environ $6 000 par an par rapport à 2018.

Troy Media

Le Canada compte probablement 800 à 1 200 déplacements quotidiens de camions de livraison de produits alimentaires longue distance, dont beaucoup couvrent des distances d'environ 1 000 kilomètres. À un prix du carbone de $110 la tonne, la composante taxe sur le diesel seule représente environ $34 millions à $52 millions par an de coûts supplémentaires sur ces expéditions, intégrés dans le prix des aliments au moment où ils arrivent sur les étagères des magasins, et cette estimation exclut les coûts supplémentaires tels que les réglementations sur les carburants propres, les unités de réfrigération, les retours à vide, les itinéraires de distribution secondaires et les opérations d'entreposage.

Troy Media

Lorsque ces facteurs sont inclus, l'impact financier à travers la chaîne d'approvisionnement alimentaire pourrait facilement être trois ou quatre fois plus élevé.

Substack

ÉTAPE 5 Transformation alimentaire (le moulin, l'abattoir, l'usine)

Les installations de transformation sont énergivores. Le broyage des céréales, la pasteurisation des produits laitiers, la réfrigération et l'emballage des produits dépendent tous de l'électricité et de l'énergie thermique. La taxe carbone industrielle s'applique directement aux grandes installations de transformation et indirectement, par le biais de prix de l'électricité plus élevés, aux plus petites.

La fabrication alimentaire connaîtra une augmentation des coûts d'environ 2%, les produits chimiques de base, qui sont des intrants pour l'emballage et la conservation des aliments, connaissant des augmentations de coûts d'environ 9%, résultant de parts d'intrants énergétiques plus élevées.

Centre canadien de l'énergie

Les fabricants de produits alimentaires ont une intensité d'émissions directes relativement faible. Cependant, bon nombre des intrants qu'ils achètent à d'autres secteurs incorporent des émissions en amont importantes. L'effet des changements induits par les politiques sur le coût du raffinage du pétrole, de la fabrication de produits chimiques, de l'agriculture primaire, de la fabrication de produits alimentaires et du transport routier, jusqu'aux épiceries de détail, peut potentiellement être important.

Référence :

Wiley Online Library

Ce lien intersectoriel, le problème des émissions incorporées en amont, est précisément ce que l'analyse à l'échelle d'une seule installation, d'un seul secteur, manque.

ÉTAPE 6 Distribution et entreposage

Les centres de distribution sont de vastes installations à température contrôlée fonctionnant à l'électricité et au gaz naturel. L'entreposage frigorifique est énergivore. Chaque palette déplacée et chaque degré de température maintenu représente un coût énergétique intégré, gonflé par la taxe carbone industrielle au niveau de la production.

Les coûts du carbone s'accumulent sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Au moment où les aliments arrivent dans un centre de distribution, leur prix reflète déjà des coûts de production plus élevés aux stades précédents, de l'agriculture à la transformation en passant par le transport.

Substack

La distance rend déjà la logistique alimentaire coûteuse, et les coûts politiques ajoutés compliquent le défi.

Troy Media

Pour les communautés du Canada atlantique, du nord de l'Ontario ou des Prairies, l'effet cumulatif de la longue distance combiné aux coûts énergétiques élevés dus au carbone est disproportionnellement sévère.

STEP 7 Retail (L'épicerie)

Le supermarché opère avec de faibles marges (typiquement 1 à 3% nettes). Il ne peut pas absorber les augmentations de coûts en couches de chaque nœud en amont. Il les répercute sur les prix affichés.

Les recherches sur les implications des politiques de taxation du carbone sur l'abordabilité de la chaîne d'approvisionnement alimentaire au Canada révèlent un effet cumulatif de la tarification du carbone qui fait augmenter plus rapidement les prix de gros, avec un changement mesurable dans les prix de gros et industriels depuis l'introduction de la taxe carbone.

Référence :

ScienceDirect

Une revue systématique publiée dans une revue à comité de lecture a révélé que la mise en œuvre d'une taxe carbone obligatoire dans toutes les provinces du Canada a entraîné une réduction des émissions de gaz à effet de serre et une augmentation des prix des denrées alimentaires, les taxes carbone réduisant le revenu disponible et augmentant les prix des denrées alimentaires, et que les ménages à faible revenu supportent un fardeau disproportionné.

ScienceDirect

Les mathématiques de la capitalisation

Une simulation hypothétique réalisée par le Dr Sylvain Charlebois (du laboratoire Agri-Food Analytics de l'Université Dalhousie) illustre la cascade : si un agriculteur commence avec un coût de production de base de 100 000 dollars $, et que chaque intermédiaire de la chaîne d'approvisionnement paie une taxe carbone supplémentaire de 5 000 dollars $, le prix final pourrait augmenter jusqu'à 89 513 dollars $, dont 67 230 dollars $ne tiennent qu'à la taxe carbone et à la TPS sur la taxe elle-même.

Référence :

Épicier canadien

L'interaction entre la TPS et la taxe carbone est un mécanisme cumulatif que les modèles à “effet négligeable” omettent systématiquement : chaque fois que la taxe carbone augmente le prix d'un bien ou d'un service, la TPS est appliquée sur ce prix plus élevé, générant une accumulation de taxes sur taxes à chaque étape de la chaîne.

Pourquoi la demande de “négligeable” échoue

La CCI citée par le gouvernement et des études similaires partagent un défaut structurel : elles modélisent le coût du carbone au niveau une seule installation isolément, en appliquant le système de crédits OBPS, et concluent que les coûts nets sont faibles. Ce qu'ils ne modélisent pas, c'est :

  1. L'effet domino — coûts engagés aux étapes de l'énergie, des engrais et du transport qui parviennent à la ferme et au transformateur sous forme de prix des intrants plus élevés, avant ces entités font-elles face un jour à leur propre obligation carbone directe.
  2. La TPS cumulative — taxe appliquée aux prix gonflés par l'inflation à chaque transaction.
  3. Amplification géographique — Les vastes distances de transport du Canada signifient que le coût carbone du transport est multiplié à chaque kilomètre.
  4. Les émissions totales en amont incorporées — les fabricants de produits alimentaires ont une intensité d'émissions directes relativement faible, mais les intrants qu'ils achètent auprès d'autres secteurs incarnent des émissions importantes en amont, et pour saisir l'effet complet, il faut suivre le processus à travers le raffinage du pétrole, la fabrication de produits chimiques, l'agriculture primaire, la fabrication de produits alimentaires, le transport par camion et les épiceries de détail. Wiley Online Library

La conclusion est simple : La taxe carbone industrielle génère des centaines de millions de dollars de revenus annuels. Ces revenus proviennent d'augmentations de coûts réelles aux nœuds industriels dans toute l'économie.

Les entreprises, y compris les raffineries, les usines d'engrais, les opérateurs ferroviaires, les sociétés de camionnage et les transformateurs de produits alimentaires, ne sont pas des œuvres de charité.

Le véritable fardeau reste ancré dans la chaîne d'approvisionnement, augmentant les coûts à chaque étape et faisant finalement grimper les prix des aliments pour les Canadiens.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *